Dakirat

Atelier Mémoire en Méditerranée

Fatma Ben Slimane

 La Tunisie de l’époque ottomane : le territoire comme lieu porteur de mémoire.

L’objet de cette communication est d’aller à la rencontre de la notion de « territoire » comme nouveau concept d’approche de l’histoire identitaire de la Tunisie à travers le processus de mémorisation d’acteurs historiques.

La recherche en  sciences sociales a souvent  rattaché la naissance d’une  conscience territoriale, dans les pays du  Maghreb et dans le monde non européen en général, à l’événement colonial. Pour ses auteurs, les multiples formes de contrôle territorial mises en œuvre par les pouvoirs coloniaux (p.e. l’établissement de frontières continues, le découpage administratif, la sédentarisation des tribus etc.), ont constitué un facteur décisif dans l’évolution de l’Etat  précolonial et dans sa transformation d’un  Etat « traditionnel » à un Etat « moderne » notamment dans ses rapports avec les communautés locales où la logique territoriale a supplanté les rapports d’allégeance1. En Tunisie et aussi importantes que soient les politiques de territorialisation menées par l’administration coloniale française dans le pays  et la prise de conscience identitaire chez les tunisiens de cette époque, on ne peut réduire cette évolution au seul fait colonial. La période ottomane a constitué une étape décisive dans ce processus, la mémoire inscrite dans le discours de certains historiens a constitué une des ressources  de la construction du territoire et de l’Etat territorial tunisien. L’épisode colonial ne fût en réalité qu’une étape dans un processus qui remonte plus loin dans le temps.

L’Ifriqiya2 et son passé deviennent, à l’époque ottomane, une composante essentielle du discours historique traduisant une réelle préoccupation chez les historiens. Ce nouvel intérêt qu’accordent nos historiens dans leurs discours dénote d’une nouvelle conception et inscription du lieu Ifriqiya, ou eyalet Tunis, en tant qu’entité territoriale  ayant ses propres références et repères historiques. Ce souci est visible  au moins à deux  niveaux :

* Celui des titres des ouvrages : les noms de Ifriqya et /ou Tunis figurent presque dans la totalité des titres des ouvrages de la période en question, et ce contrairement aux époques antérieures à l’établissement des ottomans dans la région, où c’était plutôt les noms des dynasties qui occupaient cette place3.

* Celui du contenu : Un discours d’une longueur variable, consacré au  territoire, à ses origines et à son histoire introduit et précède le récit  et  forme ainsi une sorte de cadre ou de matrice dans laquelle se déroulent les événements du présent.  

Ces ouvrages ont constitué, et constituent toujours, une des sources de base pour les chercheurs de l’histoire de la Tunisie de l’époque ottomane, mais très rares parmi eux sont ceux qui se sont intéressés à cette partie introductive des œuvres4, c’est-à-dire la reconstitution du passé de la Tunisie ottomane par les chroniques et notamment la reconnaissance de la Tunisie en tant que territoire. Cette dernière a été considérée implicitement par certains chercheurs comme dénuée de tout intérêt et par conséquent ne mérite pas qu’on s’y arrête. Le chercheur tunisien A. Abdessalem, auteur d’une brillante thèse sur les historiens de cette l’époque ottomane  et leurs œuvres5, émet des jugement assez sévères quand il aborde le chapitre du  récit des origines du pays. Il  reproche à Ibn Abi Dinar Al Quairaouani  les larges emprunts qu’il a effectué dans d’autre œuvres, signale « ses erreurs historiques »6, ses « imperfections nombreuses»7  et conclu en écrivant  à propos de son œuvre  Al Mu’nis que c’est  un « ouvrage imparfait »8. Al Hulal d’Al wazir As-sarraj n’échappe pas à cette critique « l’histoire ancienne dans cet ouvrage, nous dit-il, se réduit à des fables, on y trouve bon nombre de légendes et de hadith apocryphe… »9. Le verdict est aussi dur que pour son précédent, l’auteur conclut au « manque d’originalité»10 de cette partie.

D’apport minime, mythique, telle est l’impression qui se dégage des rares études qui ont abordé le récit des origines du territoire dans les chroniques de la période ottomane. Néanmoins ce récit  sera au centre de nos intérêts dans ce travail, non comme source de connaissance informant sur l’histoire de la Tunisie mais comme  contexte de la formation d’un lieu porteur de mémoire: la Tunisie. Il sera examiné à travers trois auteurs dont les œuvres nous ont semblées significatives dans ce processus de constitution du territoire en lieux porteur de mémoire.

-    Ibn Abi Dinar Al Quairaouani ; Al Mu’nis fi Akhbar Ifriqya wa Tunis, composé vers 1681.  

Al Wazir Assarraj Al Andalusi, Al Hulal Assundusia Fil Akhbar Attunusyya, composé vers 1727.

      -   Ibn Abi  Dhyaf Ahmed ; Ithaf Ahl Azzamen Bi Akhbar Muluk Tunis We ‘Ahd El Amen, écrit entre 1862et 1872.

Dans l’historiographie de  la période ottomane le territoire devient un objet singulier et se conçoit autrement que dans une logique englobante qui est celle des rois et des dynasties. Notre questionnement porte premièrement sur les conditions de sortie du schéma médiéval, conception dans laquelle la notion de territoire était implicitement contenu dans celle de la dynastie : dans quel contexte et comment expliquer l’émergence de cette  nouvelle approche ? Nous nous intéresserons en second lieu à la lecture que les historiens de cette époque effectuent  de ce passé et à l’usage qu’ils en font. Par le retour sur le récit des origines, ces intellectuels et acteurs politiques  agissent sur le processus de mémorisation en introduisant  chaque fois de nouvelles logiques représentatives.  

Lorsque le cadi malékite Ibn Abi Dinar compose Al Mu’nis  en 1681, un peu plus d’un siècle s’était déjà écoulé depuis la conquête de Tunis par les ottomans11.  Un long moment de silence durant lequel aucun ouvrage  historique n’a vu le jour. Al Mu’nis constitue donc le premier récit d’histoire de l’ère ottomane en Tunisie. La question qui se pose est : comment s’est effectué ce passage à l’écrit ?

Aux dires de Ibn Abi Dinar, c’est un drame familial signalé au début du livre, qui est à l’origine de cette entreprise. Par ailleurs, il ajoute que compte tenu de leur caractère étrange et singulier, les événements du présent méritent d’être enregistrés. Cependant, comme il ne parvient pas à trouver la  personne adéquate pour mener à bien cette entreprise, il s’y engagea lui-même. Il est clair que ce qui intéressait l’auteur c’était d’abord et avant tout son  présent. Dans le texte introductif, Ibn Abi Dinar signale son ambition d’être le continuateur des chroniques locales qui se sont arrêtées avec Zarkachi mort au début du XVIe. Bref, à l’objectif de transcrire les événements contemporains s’ajoute celui de relever l’ensemble des faits qu’a connu la région depuis l’arrivée des ottomans. Cependant l’écart entre ce qu’annonce l’auteur dans son introduction et le contenu réel du livre interpelle le lecteur puisque sur la totalité du contenu de l’ouvrage, sept chapitres et une conclusion, un seul est consacré à la Tunisie ottomane, le reste intéresse l’histoire de la ville de Tunis et de l’Ifriqiya depuis les périodes antiques jusqu’à l’arrivée des Ottomans.  La mémoire de l’Ifriqiya pré ottomane dépasse et submerge le présent. On se rend compte que l’événement déclencheur de l’entreprise qui consiste à écrire un ouvrage historique devient négligeable par rapport à l’ensemble du contenu qui y est exposé. Comment interpréter ce paradoxe entre les objectifs énoncés par l’auteur et le contenu réel de son œuvre?

Aussi, la question de la mémoire de l’Ifriquiya et de ce qui la caractérise d’un point de vue historique, selon Ibn Abi Dinar, devient le lieu de la réflexion, dimension très peu évoquée jusque-là par les historiens. Ce retour que fait l’historien est fondateur d’une nouvelle approche de l’histoire de la Tunisie. C’est en ce sens que le paradoxe qui apparaît dans cet ouvrage semble fondamental car il crée le lieu d’une nouvelle  représentation de l’espace de Tunis  autre que celle relative à sa définition comme territoire ottoman ou celui d’une dynastie. Qu’est-ce qui fait la spécificité de cet espace ?          

L’enjeu du Nom : Ifriqiya un nom ancien pour un pays ancien.  

Ifriqiya est le nom que Ibn Abi Dinar choisit pour designer le pays dont il entreprend de construire la mémoire c’est-à-dire la Régence de Tunis. L’auteur interroge les sources sur la signification de ce nom qui  était en usage avant les ottomans. Ces sources sont des récits de voyages, des descriptions géographiques, des livres de fikh… L’auteur compare entre les différentes traditions, conclut à l’ancienneté du  nom et à son enracinement dans un passé lointain12.

Rappelons que l’espace dont Ibn Abi Dinar  entreprend de faire l’histoire porte officiellement,  depuis plus d’un siècle le nom de Eyalet Tunis (province de Tunis), que signifie donc la résurrection par l’auteur de ce nom historique, Ifriqiya, et comment interpréter ce choix ?

Nous savons que les ottomans,  fidèles à leurs traditions de  nommer les régions et les espaces conquis par le nom de la ville qui accueille le pouvoir représentant le sultan,  ont  octroyé au  territoire Hafside ou ce qui en est resté au XVIe siècle, le nom  de Eyalet Tunis. En procédant de la sorte, c’est-à-dire en renommant le territoire de Tunis, en remplaçant le nom de Ifriqiya par Eyalet Tunis, le pouvoir central à Istanbul entend imposer sa  volonté politique celle de faire valoir ses droits sur cette terre qu’il a conquis. La nouvelle appellation inaugure une ère nouvelle, une nouvelle histoire pour cette entité désormais province ottomane. C’était aussi comme si Istanbul voulait tourner la page du passé : L’histoire de Tunis et de son espace commence avec les Ottomans. Nommer, c’est manifester un pouvoir, c’est un acte d’appropriation et  c’est aussi ce qui permet d’identifier et d’individualiser l’objet nommé13. Eyalet Tunis signifie donc pour les nouveaux maîtres du pays, un acte de naissance un nouveau départ pour une nouvelle histoire, un passé révolu. Mais Ibn Abi Dinar ne l’entend pas de cette manière.

L’usage du nom  Ifriqiya par Ibn Abi Dinar, la quête étymologique, l’enracinement de l’appellation dans un passé lointain s’inscrit dans ce contexte et le met en situation d’opposition par rapport l’appellation officielle. En utilisant le nom historique, l’auteur entend doter l’entité ottomane d’une âme, d’une mémoire, bref une identité.

Un nom ancien signifie  aussi un pays ancien. L’histoire de l’Ifriqiya dans Al Mu’unis plonge ses racines dans des temps immémoriaux. Cette ancienneté est attestée selon l’auteur par l’ancienneté de son peuplement et de ses sites. Aux habitants qui ont peuplé cette terre, l’auteur attribue une identité, ce sont les Al afarika ou Africains14. Quant à ses sites, le plus connu et plus ancien étant celui de Carthage dont la fondation oscille chez lui entre le mythe et la réalité.  Le récit de Ibn Abi Dinar intègre plusieurs versions concernant cet événement : Celle qui raconte que la ville fut construite au temps du prophète Daoud (David), tout comme celle qui considère que soixante douze ans sépare sa fondation de celle de  Rome15. Un autre site aussi prestigieux et aussi ancien que  Carthage est celui de Tunis. Ecoutons l’auteur raconter sa propre expérience dans sa quête de ses origines  «…sa construction est sans doute ancienne, puisqu’elle est contemporaine de Carthage…  j’ai questionné  un chrétien qui connaissait l’histoire, il m’a raconté qu’elle s’appelait Tenes ce qui  signifie en grec : ancien. Et il  m’a montré un livre dans lequel les  deux villes Tunis et Carthage étaient représentés avec l’aqueduc et l’oued Medjerda. Tunis était plus petite que Carthage. Je lui ai demandé leur âge et il a répondu : plus que deux milles ans. Les chrétiens sont  experts en la matière, ce pays était le leur, et le propriétaire d’une maison est le mieux placé pour en savoir le contenu»16. Voilà un témoignage vivant, fruit d’une expérience vécue par l’auteur, qui se veut une affirmation contredisant un témoignage de Ibn Ashamma’a, chroniqueur Hafside du XV° siècle,  selon lequel Tunis serait une création islamique donc récente.

La multiplication des exemples et des sources, la confrontation des témoignages, révèlent une réelle ambition de consolider une argumentation quant à l’origine de Tunis et de sa mémoire. Une insistance qui vient  appuyer et confirmer la thèse de l’ancienneté évoquée plus haut. L’Ifriqiya, en fin de compte n’est pas née avec les ottomans, elle est nettement plus ancienne.

L’étendue du  territoire de l’Ifriqiya tel qu’il se laisse deviner à travers une lecture attentive d’Al Mu’nis est variable, tantôt il ne représente qu’une partie du Maghreb, sa partie orientale17, tantôt il se confond ou même déborde toute cette région. Cependant, les deux étendues se télescopent et se confondent pour ne laisser chez le lecteur qu’une seule image, celle de l’immensité. L’auteur associe à la lecture du territoire de la Tunisie l’image de l’immensité.

Voyons d’abord comment cette grandeur se décrit à travers le discours de Ibn Abi Dinar. Voici à  titre d’exemples le roi de Carthage qui fit la guerre à Rome réussit à étendre le  territoire de Carthage jusqu’à l’Andalousie18. Le roi Grégorius, dernier roi romain, commandait depuis sa capitale Sufeitula un territoire qui s’étendait de Barqa à Tanger ; Quant à  L’Ifriqiya arabe et islamique elle s’étendait au début du Nil jusqu’à Tanger19, elle engloba ensuite l’Andalousie et puis la Sicile. L’image de grandeur se maintient jusqu’à l’Ifriqiya Hafside dont l’influence politique de ses califes atteint les royaumes andalous et l’Orient. A aucun moment de cette histoire qui s’étend de l’antiquité jusqu’à la fin du Moyen âge, l’image de grandeur n’a disparue20.

Cette « grandeur » est très souvent accompagnée de l’idée de précellence : L’auteur en fait même l’objectif de son histoire : son récit, est scandé par des retours incessants à cet attribut devenu au fil des pages une valeur intrinsèque de l’objet étudié. C’est dans ce sens qu’il rappelle au lecteur au moment de conclure son chapitre concernant l’époque des gouverneurs Omeyyades à Kairouan « si j’étais long dans ce chapitre, c’est pour que celui qui lira cette histoire sache que l’Ifriqiya avait la précellence sur le tout les pays du Maghreb, c’est à partir d’elle que l’Andalousie fût conquise au temps de la Jahiliyya( époque préislamique) et au temps de l’Islam, de même que la Sicile qui demeura pendant deux cent ans dépendante des  gouverneurs de l’Ifriqiya»21.        

La notion d’immensité s’accompagne également de l’idée de grandeur et gloire civilisationnelle : le  roi de Carthage et de ses exploits militaires lors de ses guerres avec Rome, l’aqueduc romain acheminant l’eau à Carthage, Mahdia et sa brillante civilisation sous les Banu Ziri … Des événements mémorables, des figures mythiques, des héros etc., autant de symboles objet de fierté22 pour les habitants de cette terre ifriqiyienne.   

Comment comprendre les occurrences du thème de la grandeur et de l’immensité territoriale la gloire des temps passés dans le récit de Ibn Abi Dinar ?  

 « Plus les origines sont grandes plus elles nous fait grandir » nous dit Pierre Nora à propos de la construction de la mémoire nationale23. Certes la grandeur de l’Ifriqiya du  passé est un objet de fierté pour ses habitants mais  il n’y a pas que cela. Cette mémoire élaborée par Ibn Abi Dinar répond à un contexte géopolitique très particulier. L’Ifriqiya du présent d’Ibn Abi dinar se définit par ce qu’elle n’est plus.

C’est probablement une écriture historique qui participe d’une volonté de l’auteur/acteur politique à reconstruire une mémoire identitaire locale au vu des nouveaux enjeux géopolitiques liés à la décomposition du territoire hafside au XVIes. et à la redistribution des cartes par les ottomans dans la région. Cet événement que l’on peut qualifier de  traumatisme  territorial, pour reprendre une catégorie de la psychologie évoqué par les organisateurs de cette rencontre, marque le passage de l’Ifriqiya hafside à la Régence de Tunis. L’affaissement du royaume hafside s’accompagne d’un bouleversement de l’ordre géopolitique existant, il  entraîne la disparition de l’Ifriqiya en tant que nom et en tant qu’entité géopolitique indépendante.

La Régence de Tunis dernière création ottomane au Maghreb, avait durant presque un siècle un espace flou, le pouvoir central d’Istanbul ne lui attribua ni un contenu substantiel, ni des limites précises. C’est aux dirigeants du pays qu’incombera la lourde tâche de reconstruire leur propre territoire en essayant de récupérer l’ancien héritage hafside celui qui était sous la domination directe de Tunis. L’entreprise sera difficile, longue, maintes fois remises en cause par des menaces extérieures et intérieures. En effet, les deux  régences voisines24, celle de Tripoli au sud  et celle d’Alger à l’ouest, ont essayé de faire valoir des droits hérités de la conquête ottomane sur la régence de Tunis25.  Sur mer elle était également  menacée par mer les attaques chrétiennes. Et enfin à l’intérieur, les puissantes communautés tribales refusaient de se soumettre aux nouveaux maîtres de Tunis, et entendaient  préserver leurs  multiples privilèges entre autre territoriaux hérités de l’époque hafside. Et c’est probablement ce flou territorial, s’ajoutant aux  difficultés du présent26, qui expliquent  l’absence de tout écrit à caractère historique pendant toute cette période.  

L’œuvre de reconstruction  et de réunification se poursuivra au moins pendant trois quart de siècle. Ses artisans sont surtout, selon Ibn Abi Dinar, les Beys Muradites, devenus à partir de 1631 les maîtres du pays. Ce sont eux qui ont ressuscité l’Ifriqiya du néant, ou presque, dans lequel elle a sombré depuis le XVIes.

Dans Al Mu’nis l’histoire de la dynastie Muradite27 se confond avec la réunification du territoire. On comprend donc l’importance de l’ouvrage d’Ibn Abi Dinar et l’esprit dans lequel il l’a composé  de même que son attitude envers les muradites. C’est presque un message de reconnaissance qu’il adresse à leur égard. L’auteur est contemporain d’un de leurs descendants : Ali Bey. Il vante ses qualités dans des poèmes élogieux qu’il compose lui-même. Mais il n’y a pas que cela.  Le pouvoir des Muradites est  lui même  source d’ambiguïté supplémentaire.

Au regard du pouvoir central d’Istanbul, les Muradites sont des gouverneurs représentant le sultan Ottoman et nommés par lui , et comme tel ils sont soumis aux   règlements ottomans régissant  l’organisation politique dans les provinces.  Mais ils n’en sont pas moins autonomes puisqu’ils ont instauré un  pouvoir héréditaire qui défie l’ordre ottoman et ses représentant à Tunis. Cette ambiguïté fut à l’origine de conflits et de crises politique dont Ibn Abi Dinar fut témoin. Ainsi donc, la légitimité politique des Muradites est à la fois locale et impériale,  ils sont rattaché au milieux de la Régence où il sont né et ont grandit et avec lequel il ont scellé leurs sort. Ibn Abi dinar se fait l’écho de cette évolution.  Un de leurs souverains,  Hammouda Bacha, est maintes fois comparé aux sultans hafsides. Les Muradites héritent du passé de l’Ifriqiya et assurent la continuité avec ses épisodes antérieurs.

Connaître ses origines c’est se connaître soi-même ou  prendre  conscience de soi, Al Mu’nis ou  la  mémoire du territoire est dans ce sens un repère. Ibn Abi Dinar  évoque avec insistance  cela. Sa narration est un message adressé à ses contemporains où il décrit les raisons, les repères et les enjeux territoriaux qui font qu’appartenir à ce pays est une source de fierté.   

Le récit historique montre comment la mémoire, reconstitue, invente le  territoire; elle lui donne une conception, une mesure voire même une échelle, de la substance et le sauve de l’oubli. Ibn Abi Dinar, intellectuel, acteur politique et social, en interaction avec son temps, compose ou recompose à partir des sources la mémoire de l’Ifriqiya. Il  introduit un processus de mémorisation basé sur un modèle de lecture et d’écriture du passé de la Tunisie ottomane où il fait usage d’images, de figures et de symboles… matériaux fondateur de l’identité territoriale. Ce modèle sera repris par certains  historiens qui lui ont succédé, mais sera-il reproduit l’identique?

II. Sarraj28 : redéfinir l’Ifriqiya ou les nouvelles logiques représentatives 

Dans l’introduction à son œuvre Al  Hulal, Sarraj ( vers 1659 – vers 1735)  annonce de manière très claire à son lecteur que l’intention de composer un livre d’histoire émane d’une volonté d’écrire une histoire qui engloberait tout ce qui concerne  ce qu’il appelle «  al qutr al Ifriqui » (que l’on peut traduire par contrée ou pays ifriqiyen),  c’est à dire ses Etats, ses rois, ses uléma ses élites… ». Voici d’emblée son mobile, mais cette affirmation voudrait-elle dire que le présent ne l’interpelle pas comme ce fut le cas pour son prédécesseur ?  Bien au contraire, le but ultime affirme-t-il, de l’ouvrage dans son ensemble et sa  finalité même  est  de rendre hommage à son ami et bienfaiteur le Bey de Tunis  le prince Hussein Bin Ali. D’ailleurs en guise de conclusion, une biographie de ce dernier occupera la troisième partie de l’œuvre. C’est donc le présent représenté par le Bey au pouvoir qui est  aux dires de Sarraj  l’essence même,  ou «  le fil conducteur  qui relie les différente parties du  livre et la cause de son existence … ». Dans cette rhétorique l’histoire de l’Ifriqiya devient un prétexte, le présent étant l’objectif recherché. Deux dimensions temporelles intimement liées mais dont la première, la plus longue est au service de la seconde. La question est de savoir est-ce comment cette posture adopté par sarraj affecte  sa lecture du passé du territoire? Comment l’auteur procède-il dans  l’écriture de son histoire?

Sarraj exprime son insatisfaction par rapport a ce qui a été produit jusque là à propos de l’histoire de l’Ifriqiya, mais lorsqu’on regarde de plus près l’organisation de l’ouvrage, nous découvrons qu’il reproduit globalement le modèle rencontré  dans Al Mu’nis 29. Plus de la moitié de son œuvre est consacrée à la Tunisie pré ottomane. Mais est-ce pour autant une copie ? D’où vient alors son insatisfaction ?

Ifriqiya est aussi le nom utilisé par Sarraj pour désigner le territoire de Tunis. L’usage de ce nom révèle une continuité et dans ce sens marque une volonté d’affirmer une appartenance locale. Mais contrairement à Ibn Abi Dinar, l’auteur marque un arrêt très bref au niveau de l’étymologie du nom et l’étendue de l’Ifriqiya. On remarque également un certain désintérêt quant aux attributs de l’immensité. Qu’est-ce qui définit donc l’Ifriqiya dans Al Hulal, comment procède-t-il pour le faire?  

« Les limites de l’Ifriqiya » est le titre d’un chapitre important dans Al Hulal30, mais il nous surprend  par son contenu. Contre toute attente, ce n’est ni de frontières ni d’extension spatiale que l’auteur nous entretient, d’ailleurs il ne s ‘arrête que très brièvement sur  les limites de l’Ifriqiya que fournit la géographie arabe du Xe siècle et les livres de voyage. Il exploite les mêmes sources que celles utilisées par Ibn Abi Dinar  mais  en fait  un usage différent.

Le chapitre des limites de l’Ifriqiya  est occupé dans sa totalité par la description des centres urbains, villes et villages appartenant à l’espace qu’il appelle Ifriqiya. Des villes considérées par l’auteur comme importantes, grandes ou prestigieuses tel Kairouan, Mahdia, Gabès ou Tunis, d’autres le sont moins comme Sousse Gafsa ou Beja; des villes disparus comme  Sabra, des villages… etc. Les villes s’égrènent au fil des pages, et  pour chacune d’entre elles une description détaillée de son site, sa situation par rapport à d’autres repères géographique de ses activités économiques, de son histoire, de ses monuments  et de ses Ulémas.

Mais la description n’est ni plate ni  linéaire: ne  sont  évoqués par Sarraj que les traits qui font la spécificité la ville et fonde sa grandeur. Dans ce sens le récit de l’histoire d’une ville n’intègre que les épisodes les plus marquants, compte non tenu de la période historique qu’elle soit antique ou islamique. Voici par exemple la ville de Sousse l’épisode le plus mémorable de son histoire d’après Sarraj, c’est lorsque à partir de son port la Sicile fut conquise et  rattaché au royaume Aghlabide. Pour Gabès c’est plutôt au XIes. qu’elle émerge sur le devant de la scène politique avec l’arrivée des Almohades et le début du pouvoir hafside.

La description inclut également les activités économiques sédentaires. L’évocation de Tozeur par exemple est l’occasion pour l’auteur, de s’étendre longuement sur le  palmier et  son mérite dont on trouve selon lui les traces dans le hadith. Dans cette logique représentative, la mémoire des Ulémas de chaque ville occupe une place importante. Mis à part leur rôle religieux, ceux-ci sont perçu comme acteurs politiques et sociaux dans la mesure où ils sont aussi transmetteurs de savoir et de mémoire et comme tel participent à l’histoire de l’Ifriqiya. Le goût de l’auteur pour la ville et pour ses Ulémas peut être interprété comme le reflet de son appartenance sociale et sa culture. Natif de Tunis, descendant d’une famille andalouse.‘Alim il remplit la fonction d’enseignant à la grande mosquée de Tunis, la Zitouna. Mais la ville est aussi perçue comme synonyme de sédentarité et donc lieu de créativité civilisationnelle dans son acceptation la plus large qui intègrerait les différents aspect de la vie humaine; politique, économique, intellectuelle etc. Pour résumer, l’Ifriqiya se confond  chez Sarraj à l’ensemble de ces mémoires urbaines.

La représentation de l’histoire de l’Ifriqiya adopte le schéma initié par Ibn Abi Dinar,  mais s’en écarte au niveau de la conception et du contenu. L’auteur met à contribution les même données  mais en effectue une sélection et une lecture différente. Il adapte  ses informations  à la réalité de son présent considérée comme singulière.  

En effet les limites de l’Ifriqiya et son étendue telles qu’elles se présentent dans les sources de l’époque médiévale ne satisfont pas Sarraj parce qu’elles ne correspondent plus à la réalité de son temps. Cette nouvelle manière de faire et voir qu’on peut qualifier de pragmatique, est en étroite relation avec la position de l’auteur en tant qu’intellectuel et acteur politique. l’Ifriqiya dont parle Sarraj n’est autre que l’espace de la Tunisie de Husein Bin Ali. C’est ce réalisme qui a conduit l’auteur, et ce contrairement à Ibn Abi Dinar, à rapporter dans le détail les événements relatifs au  conflit frontalier qui opposa en 1628 les  armées  d’Alger et  de Tunis  de même que la défaite de celles-ci, il est aussi le seul à avoir intégré le texte intégral de la convention signée par les deux parties contenant la délimitation frontalière entre les deux Régences ottomanes.       

La gloire des temps passés, un thème désormais classique, qu’on a  rencontré chez Ibn Abi Dinar. Mais la représentation est inversée : l’ancienneté de Ifriqiya est abordée à travers l’ancienneté de ses villes et notamment  Carthage dont la célébrité est  fondée sur :

- son ancienneté. Les dates avancées par l’auteur pour appuyer cette idée sont établis  par rapport à des événement bibliques : la fondation de Carthage eut lieu trois milles ans après la descente d’Adam sur terre, quant à la guerre entre Rome et Carthage qui aboutit d’après Sarraj à l’occupation de Tunis, elle eut lieu  trois mille six cent quarante ans après la création du monde « c’est la preuve que Tunis est ancienne » ajoute-il. Voilà donc résumé le but de cet enracinement si profond dans le temps : doter  Tunis, principale ville d’Ifriqiya, sa ville natale et centre du pouvoir politique d’une  mémoire qui se perd dans la nuit des temps.

- La grandeur de sa civilisation: matérialisée par  des  noms de héros devenus mythiques ; tel celui de Didon fondatrice de la ville ou Hannibal qui défendit son  territoire ; ou par  ses monuments encore existants. Ce sont par exemple  son aqueduc considéré par l’auteur comme une des « merveilles du monde »31, son théâtre, son port … autant de symboles témoins de la grandeur de Carthage et objet de fierté pour l’auteur.

La glorification du passé de l’Ifriqiya renvoie au présent de l’auteur, un présent caractérisé  par un retour de la  paix de la Régence.  Lorsqu’il accède au pouvoir en 1705, Husein bin Ali met fin à un quart de siècle d’instabilité et de désordre causés par les guerres muradites, pour cela et pour avoir sauvé Tunis d’une occupation algérienne en 1705 il était perçu comme un salut pour le pays.

D’autre part ce bey fut également un bâtisseur, il multiplie travaux de restauration ou de construction à travers l’ensemble du  territoire de la Régence notamment les villes; reconstruction des remparts de Kairouan et de Tunis, plusieurs medersa et Zaouïas, des ouvrages hydrauliques etc. Ces multiples ouvrages qui témoignent de l’ancrage du pouvoir à l’intérieur de la Régence furent interprété par les contemporains comme des signes de reprise de la vie32. Sarraj, dans son livre, lui rend  hommage, le terme arabe ‘ammara’ qu’il utilise réfère en même temps au repeuplement, à l’embellissement, à la restauration…, à la vie en somme, à une re-naissance après la ruine et la désolation.

L’auteur était ainsi impliqué dans la politique du bey, mais n’avait aucune charge officielle. Il est maintes fois sollicité par le prince pour inscrire un vers visant à commémorer un monument dont il vient d’achever la construction. C’est le cas par exemple des remparts de Kaiouan détruits par le dernier des muradites, ou le mausolée qu’il construit à Tunis pour sa famille33. Le Bey apparemment intéressé par l’histoire aurait lui même commandité Al Hulal. Sa première partie, c’est à dire celle qui couvre le passé de la Tunisie  a été lue publiquement devant le conseil du prince. En l’inscrivant dans une mémoire qui remonte à des époques très anciennes l’auteur dote le territoire husseinite d’une dimension immatérielle et participe ainsi à l’inscription spatiale et temporelle de ce pouvoir. La relation pouvoir / territoire est représenté  par cette image hautement symbolique, où Sarraj compare H. Bin Ali à une couronne placée à la tête de l’Ifriqiya. La métaphore du corps est ici significative du lien de domination et d’appropriation qui relie désormais le pouvoir au territoire34. Cette orientation embryonnaire vers la patrimonialisation du territoire atteindra un niveau plus élevé avec Ibn Abi Dhiyâf , un siècle et demi plus tard.   

III. Ibn Abi Dhiyâf35: le territoire comme patrie ou  le processus de  patrimonialisation du territoire.

Ce sont les «riah el watan » ou les souffles patriotiques  (que l’on peut traduire par amour de / ou devoir envers la patrie), nous dit Ibn Abi Dhiyâf, qui l’ont poussé à composer son œuvre sur l’histoire de la Tunisie. La patrie ou watan, voilà un concept nouveau dont le référent nous est donné un peu plus loin. Il porte un nom : Al mamlaka attunusiyya (ou  royaume de Tunis). C’est le nom qui commence à être employé officiellement à partie du milieu du XIXe s. pour désigner la Tunisie husseinite. Ibn Abi Dhiyâf conscient des enjeux liés à une telle appellation nous apprend que la  Mamlaka attunusiyya est une donnée immuable de l’histoire, puisque plusieurs historiens ont pris soin avant lui d’écrire son histoire, tel Ibn Khaldoun ou  Zarkachi. Comme ses prédécesseurs, l’auteur se donne pour mission de poursuivre cette entreprise de mémorisation. Territoire-patrie, entité géopolitique autonome : quelle implication ce préalable a-il sur la lecture  du passé de la Tunisie? Comment se construit la mémoire du  territoire? Une première conséquence est déjà visible au niveau du modèle de discours choisi par l’auteur.  

Au moment où  Ibn Abi Dhiyâf  entame la rédaction de l’Ithaf, différents types de récits historiques concernant la Tunisie s’offraient à lui. En effet depuis le XVIIe s, plusieurs ouvrages ont déjà vu le jour, dont chaque auteur, de part son contexte, adopte une approche spécifique. Certains se sont limités à transcrire les événements de leur temps, d’autres ont cherché à donner à ce présent une dimension  historique plus ou moins profonde. Ibn Abi Dhiyâf se trouvait donc devant un éventail de modèles d’écriture large et varié, mais sa préférence alla vers le modèle initié par Ibn Abi Dinar. L’Ithaf, élaboré entre 1862 et 1872, s’organise en plusieurs parties (huit au total) toutes réservées à l’histoire de la Tunisie, depuis ce que l’auteur appelle « l’époque des gouverneurs de l’Ifriqiya et ses dynastie … », jusqu’aux aux derniers princes Husseinites du XIXe s., auxquels la plus grande  partie de l’ouvrage est réservée, car personne encore n’a entrepris de faire leur biographie. En adoptant cette posture méthodologique, l’auteur s’engage dans la voie tracée par une catégorie  d’historiens, ceux qui, dans leurs œuvres, ont  élaboré un modèle d’écriture dans lequel la mémoire des temps passés du pays précède et introduit le présent. Mais  s’agit-il d’un simple emprunt, d’un  schéma devenu d’usage pratique ou d’un choix délibéré ?  Nous essaierons de répondre à cette question en examinant la manière dont  Ibn Abi Dhiyâf présente et sélectionne ses sources et références.  

Il s’agit en effet d’une liste d’historiens, importante non par son exhaustivité (quelques noms seulement), mais par l’évaluation que l’auteur effectue à propos de l’œuvre de chacun d’entre eux. Evaluation induisant implicitement un classement qui nous paraît intéressant à interroger, parce qu’il dévoile la  perception de Ibn Abi Dhiyâf, de l’écriture du passé de la Tunisie, et  justifie en même temps le  choix qu’il a adopté lui même dans son récit. D’après ce classement, on distingue grosso modo deux catégorie d’ouvrages : ceux qui sont jugés utiles ou pertinents, d’autres qui le sont moins.

1°) Les œuvres présentées comme référence, donc jugées pertinentes.

- Ibn Khaldoun. Son œuvre, L’histoire des berbères, écrite au XIV°s., comme  l’indique son titre  ne concerne  pas spécifiquement l’histoire de l’Ifriqiya ou même le Maghreb mais l’histoire universelle. En quoi celle-ci peut être utile aux yeux Ibn Abi Dhiyâf ? A notre avis, ce n’est pas ce volet de la production discursive de Ibn Khaldoun qui intéresse notre auteur, mais plutôt ses prolégomènes, la Muqaddima,  où, à partir de références historiques, il élabore ses théories autour du pouvoir (al mulk), de la justice, et de la place de l’histoire dans la vie des peuples et la manière de l’écrire. Posant notamment la question de l’impartialité comme principe et préalable à toute écriture historique qui se veut pertinente, Ibn Khaldoun constitua, sur le plan intellectuel ou idéologique, une référence de premier plan pour Ibn Abi Dhiyâf36.

- Zarkachi, Ibn Abi Dinar, Sarraj, Beji Messoudi  et autres… tous originaires du  pays, la majorité ont fait l’histoire de leur temps, en l’enracinant dans les époques les plus reculées de la Tunisie.

2°) Les références jugée insatisfaisantes :

- L’histoire, composée vers le fin du XVIII° S. par H. Bin Abdelaziz, secrétaire du prince Ali Bey. Et pour cause : « tout ce qui ne concerne pas son maître est cité fortuitement,  son histoire  est de ce fait  plus un long panégyrique  que de l’histoire » nous dit Ibn Abi Dhiyâf. L’œuvre souffre de deux handicaps selon lui. Partielle, elle est centrée sur la période de Ali Bey (1759-1782) et accorde très peu de place à l’histoire de la Tunisie37. Partiale, parce que trop influencée par la grande proximité de l’auteur avec son maître.

- Hussein khuja et Sghaier Bin Youssef, deux  historiens  du XVIIIe s., brillent par leur absence parmi les noms avancés par Ibn Abi Dhiyâf. Pourtant ils sont cités  comme référence à l’intérieur de l’œuvre38. Tous deux hanéfites, ils ont exclu de leurs récits le passé de la Tunisie ottomane.

D’après ce classement, le rapport de l’historien au territoire, ou plutôt la place qu’occupe dans son œuvre la mémoire du territoire tunisien, est le critère qui semble départager les deux groupes. Un bon livre d’histoire devrait ainsi tenir compte de deux impératifs intimement liés. L’impartialité de l’historien tout d’abord : celui-ci ne doit être mu dans son récit ni par son allégeance au prince, ni par une quelconque appartenance sociale, mais par son engagement envers le territoire- patrie. L’attachement à la patrie ensuite, qui entraîne nécessairement la contextualisation du  récit du présent, par un recours systématique à la mémoire du territoire ou le récit des origines. Dans cette perspective, compte non tenu de la période choisie et de sa durée, l’historien, d’après Ibn Abi Dhiyâf s’acquitte d’un devoir, inhérent à son rôle de transmetteur de mémoire, qui est de considérer mamlakat Tunis comme une comme valeur qui transcende toutes les autres.

La voie que l’auteur choisit  dans son  récit relève d’un raisonnement résultant d’une part de sa culture, de sa réflexion sur les sources et de leur mise à l’épreuve par  la lecture de Ibn Khaldoun, et d’autre part de sa propre expérience comme acteur politique. Comment, à partir de cette mémoire des temps passés de la Tunisie la  notion de territoire se métamorphose en concept de patrie?.

L’examen du texte d’Ibn Abi Dhiyâf ne portera pas tellement sur les règnes (les  Etats et les rois) qui se sont succédés en Ifriqiya et les événements qui les ont accompagné. Notre attention sera plutôt tournée vers l’usage que fait l’auteur de l’information recueilli dans les sources, c’est à dire les commentaires qu’il effectue à la fin d’un règne ou d’une des dynasties qui se sont succédées à Kairouan, Mahdia ou Tunis. C’est ce travail sur la mémoire ou cette histoire de second degré effectuée par Ibn Abi Dhiyâf, que nous allons observer.  

Ibn Abi Dhiyâf retrace l’histoire de la Tunisie à partir de la conquête arabe ou ce qu’il appelle l’époque des gouverneurs. Les temps préislamiques ne figurent pas dans ce passé ou plutôt ils ne reçoivent pas le développement, ni la place qui leur étaient réservés dans les ouvrages précédents. Quelques pages s’intègrent au récit pour un usage que nous examinerons plus loin. Dans ce récit, c’est  le nom de Ifriqiya qui est employé par l’auteur.

En faisant usage à son tour de ce nom pour évoquer le passé de mamlakat Tunis l’auteur se place dans le sillage de la tradition historique locale. En effet, le dernier ouvrage historique paru quelques années avant Ithaf, ne contenait dans son titre que le nom de Ifriqiya pour désigner la Tunisie39. Les archives de l’administration beylicale, les correspondances officielles continuaient jusqu’au milieu du XIX° s. à faire usage de cette appellation à coté de celui de Mamalaka (ou eyalet, ‘amala,…) Tunis. Ce nom porteur de mémoire contribuait ainsi à distinguer la Tunisie husseinite, à lui donner un ancrage historique et territorial, donc une identité propre au sein de l’empire ottoman. Pour Ibn Abi Dhiyâf, mamlakat Tunis ou  Ifriqya, sont deux appellations qui renvoient à un même signifiant qu’est le territoire de la Tunisie husseinite,  mais la première représente le passé ou la mémoire de la seconde.

Ce pays est présenté à travers les différentes périodes de son histoire comme une entité géopolitique autonome. L’histoire des empires (Omeyyades, Abbassides, Fatimide, Almohades et enfin Ottoman), dont la Tunisie a fait partie à des moments différents de son histoire, et qui a fait l’objet de longs développements dans les récits précédents, est exclue de la mémoire de l’ithaf. Le récit tend à éluder ces moments où l’Ifriqiya était dépendante politiquement de l’extérieur. Cette terre est un lieu de mémoire dont l’existence défie le temps, mais son unité et sa prospérité  dépendent de la nature des rapports qui s’établissent entre elle et le pouvoir politique.

Dans un passage relatif à Ibrahim Ibn Al Aghlab, fondateur de la dynastie des Aghlabides40, ce qui intéresse Ibn Abi Dhiyâf ce sont ses origines. « Né en Ifriqiya, nous dit-il, c’est  là qu’il a été élevé et qu’il a  grandit. Cela plait aux  autochtones (les berbères) qui veulent  se voir gouverner par quelqu’un qui a grandit  chez eux « collé à leurs ongles à leur peau connaissant leurs us et coutumes et les maisons de leurs notables  (achraf). Cet état des choses est une donnée naturelle chez tous les humains et surtout chez les gens de Ifriqiya qui ne se sentent en paix qu’avec  quelqu’un qu’ils considèrent comme un des leurs ‘né et élevé sur leur terre’. La volonté de Dieu veut que la stabilité du pouvoir génère une série de bonnes dispositions tel que l’amour de la patrie, la modestie, …l’union avec les gens  de la patrie ( Ahl Al Watan). Les gens de l’Ifriqiya sont plus cléments avec celui qui pousse sur leur terre  et le considère, même lorsqu’il se conduit mal envers eux,  comme une partie de leur corps, un nez un bras… »41.

L’établissement de cette nouvelle dynastie ou ‘asabiyya, selon l’expression de l’auteur,  c’est à dire celle des aghlabides, sa stabilité politique et sa longévité par rapport au pouvoir des gouverneurs qui l’a  précédé, s’explique selon lui par les origines « locales » de son fondateur Ibrahim Ibn Al Aghlab et sa proximité  de sa terre natale qu’est l’Ifriqiya et de  ses habitants. D’après le texte un  rapport charnel unit le corps du prince à celui du  territoire, le prince est à maintes reprises comparé à une plante dont les racines s’ancrent dans cette terre Ifriqiyenne. Cette image reflète le  lien  intime qui s’établit entre les  deux entités, il est synonyme de l’enracinement du pouvoir mais aussi  d’appartenance et d’appropriation réciproque.   

Le lien de naissance qui relie le prince au territoire semble être selon l’auteur  une condition fondamentale dans la formation de l’idée de patrie. Ce lien est présenté comme une source de stabilité et de continuité pour le territoire. L’exemple des gouverneurs envoyés d’Orient au début de la période islamique servira  à confirmer cette thèse. Ceux-ci, étrangers au pays, ignorant tout du caractère et des coutumes de ses habitants, ont conduit l’Ifriqiya à la ruine. Mais ces commentaires relatifs à l’histoire lointaine de l’Ifriqiya répondent à un souci présent. L’hostilité aux turcs ottomans et à leur incapacité à gérer les affaires du pays, maintes fois exprimée dans l’Ithaf, n’est que trop apparente dans cette attitude. Son interprétation de l’occupation d’Alger en 1830 en dit long sur le mépris qui l’anime contre cette catégorie sociopolitique. Ibn Abi Dhiyâf  déplore le sort dramatique engendré selon lui par le régime turc à Alger qui, en refusant de s’intégrer dans le pays et en  maintenant les autochtones à l’écart du pouvoir, a conduit le pays à sa perte. Le Dey d’Alger, nous dit l’auteur, d’origine allogène (il arrive d’Anatolie,) n’avait à Alger «ni une maison qu’il a hérité de son père, ni un lieu de sépulture pour ses proches et ses ancêtres…S’il était de ses enfants il ne l’aurait pas abandonner  aussi facilement.. »42  n’ayant donc aucune attache dans le pays, sa perte ne pouvait nullement l’émouvoir.

 Dans un des passage Ibn Abi Dhiyâf vante les mérites d’un des princes de la dynastie aghlabide « il se voit chez  lui dans sa maison (ou son  foyer) c’est là qu’il est né qu’il a passé sa jeunesse  il se trouve dans  le devoir  de  protéger ce patrimoine légué  par ses ancêtres43. Et ce contrairement à celui qui arrive du siège du califat (en orient) il garde constamment  de la nostalgie pour son pays natal, et se considère comme étranger,  en manque de ses habitudes … ».44 En somme une personne qui n’est pas née sur la terre Ifriqiyenne, qui n’y a pas grandit ne peut pas être imprégné des coutumes de ses habitants ne peut éprouver de l’attachement pour ce pays qui n’est pas le sien. Ces gens venant d’ailleurs demeureront toujours selon cette  logique, des allogènes « ghuraba’ » ou étrangers. Il est intéressant d’attirer l’attention sur l’évolution sémantique que subit  la notion de « gharib » ou d’étranger dans sous la plume de Ibn Abi Dhiyâf.  Avant cette date, est étranger  celui qui se trouve dans un lieu non familier, autre que celui où il est né et où se trouve sa familles et ses proches c’est à dire son terroir. Ce territoire restreint portait le nom de watan45 ou patrie. Mais le sens d’étranger s’est élargi parallèlement à l’élargissement de la  notion de patrie. Celle-ci ne désigne plus chez Ibn Abi Dhiyâf  uniquement le milieu où la personne est née, mais tout le territoire sur lequel s’étend le pouvoir de Tunis. Il est souvent comparé à une maison ceux qui sont dedans diffèrent de ceux qui viennent d’ailleurs. Ainsi le territoire est devenu une catégorie discriminante : Suivant cette logique, le critère de différenciation entre l’ici et l’ailleurs n’est plus d’ordre religieux, comme c’était le cas avant ( Dar Al Islam et Dar Al Harb), mais plutôt territorial. A l’intérieur  de Dar Al islam, la  mamlaka de Tunis possède son identité propre ancrée dans des temps immémoriaux, qui lui vient d’époques très lointaines.

Dans l’imaginaire de Ibn Abi Dhiyâf , les habitants de Ifriqiya, forment une catégorie ayant des qualités intrinsèques et évidentes qui les distinguent  des autres peuples: de tout temps, ils veulent  se voir gouverné par des hommes politiques ayant émergé de leur propre terre et se montrent tolérants même lorsque ceux-ci s‘avèrent injuste avec eux. Cela ne peut être justifié d’après le raisonnement de Ibn Abi Dhiyâf que par l’amour de la patrie. L’auteur attribue ainsi à ces différents peuples qui ont vécu dans cette contrée une conscience politique et territoriale et un sentiment patriotique qui traverse les époques et les siècles.

L’auteur contribue ainsi à forger l’idée d’identité tunisienne, il fait dire au prince husseinite, Ahmed bey, refusant de se soumettre à la volonté de la Porte  « même si nous sommes unis par fraternité islamique nous ne devrions pas oublier notre appartenance tunisienne »46.

 La mémoire des temps passés du pays permet à Ibn Abi Dhiyâf  de faire de ce lieu de mémoire qu’est l’Ifriqiya ou le royaume de Tunis une patrie c’est à dire en objet d’attachement affectif . C’est le lieux d’émergence du pouvoir, lieux au caractère spécifique doté d’une identité propre et présenté comme différent et/ou en opposition avec les logiques impériales. Un territoire qui généra des dynasties autonomes qui ont pu assurer sa continuité et son épanouissement civilisationnel.

Cette question des rapport pouvoir/ territoire, revient comme un leitmotiv  dans l’Ithaf elle renvoie à un débat qui a animé la classe politique à Tunis pendant plusieurs décennies au XIX°s., et était toujours d’actualité lorsque Ibn Abi Dhiyâf rédigeait l’Ithaf. Il avait pour cause les mutations géopolitiques en méditerranée accompagnées par un changements des rapports de forces faisant peser des  menaces grandissantes sur la Tunisie. Ibn Abi Diyâf acteur politique, ayant rempli le rôle de secrétaire puis de ministre en était témoin et a rendu compte intelligemment de ce renversement de la conjoncture. A partir des années trente et suite à l’occupation d’Alger le voisinage avec la France est devenu source de conflits territoriaux et de problèmes politiques divers mettant en cause la souveraineté territoriale du Bey de Tunis. D’autre part, en 1835, Istanbul  rétablit son autorité directe sur  Tripoli après avoir mis fin au pouvoir de la dynastie des  Karamanlis et tente de faire de même en  Tunisie avec la famille Husseinite. Un conflit latent opposa pendant plusieurs années la Tunisie à Istanbul, conflit dans lequel se sent immiscées les puissances européennes, la France et l’Angleterre. Ibn Abi Diyâf joua un rôle important dans la défense de la légitimité du pouvoir de la famille husseinite. Il fut même envoyé en 1840 à Istanbul pour plaider  la cause du  bey au pouvoir sommé par la Porte de payer un tribut signe de sa dépendance envers l’empire. Pour lui, si le pays a été épargné d’un désastre pareil à celui d’Alger c’est grâce justement à cette famille qui a su maintenir la stabilité du pouvoir et sauvegarder l’intégrité du pays. Son fondateur H. Bin Ali de père turc et de mère autochtone est considéré par Ibn Abi Dhiyâf comme un  « enfant du pays ».

L’implication de l’auteur dans le jeu politique pendant près de quarante ans (depuis 1822 jusqu’à 1862), fait de lui un acteur politique de premier plan. Il rédige le pacte fondamental connu sous le nom de ‘Ahd El Amen (qui institue notamment l’égalité entre tous les habitants de la mamlaka) et participe à l’élaboration et à la rédaction de la première constitution de la Tunisie moderne en 1861.

La culture de l’auteur (un mélange d’influences diverses), son rôle, surtout, d’acteur politique remplissant une fonction officielle et participant activement à la prise de décision politique, font de l’auteur/acteur politique le lieu d’interaction entre contextes multiples, participent à modeler sa vision du passé de la Tunisie, laquelle vision contribue à son tour à agir sur son présent.  

Le discours historique de l’époque ottomane,  à travers le jeu de mémoire, transforme le territoire de la Tunisie en lieux porteur de temps, ayant sa propre existence qui se différencie de celle de la dynastie et du prince. L’arrimage de la Tunisie à l’empire Ottoman au XVIe s. constitue un facteur décisif dans ce processus. La mémoire du territoire, sans cesse recomposée, réinventée dans un contexte changeant et par des historiens à la fois intellectuels et acteurs politiques, s’inscrit dans un processus de construction identitaire et de formation de ce que Benedict Anderson appelle « imagined community ».  

Ce travail montre la nécessité pour  l’historien de questionner l’information (contenue dans les sources, mais aussi la façon avec laquelle elle est relayée par les historiens), mais également les lieux (les enjeux géopolitiques, historiques, etc.) et le contexte de fabrication de l’événement historiographique qui est en soi porteur d’une mémoire, d’une identification qui est celle d’un historien, lui-même acteur social voire politique.

Notes de bas de page :

1 - citons à titre d’exemple:  Badie (B.). La fin des territoires, Essai sur le désordre international et sur l’utilité du respect social, l’éspace du politique, Fayard, Paris, 1995.
2 -Nom historique, déformation du nom latin  Africa, donné par les auteurs arabes à la totalité ou à une partie du Maghreb . A l’époque hafside  cette appellation est  en général  attribuée  au  territoire qui dépend de  Tunis, centre du pouvoir hafside.   
3 -A. Abdessalem  fait remarquer que ce changement constitue  un indice révélateur de la naissance d’une conscience nationale. « Le sentiment national chez les historiens tunisiens  des XVII,XVI et XIX° s », In La personnalité arabe entre unité et diversité, publication du C.E.R.E.S, Tunis, n° 4, 1978. (textes en arabe)
4 - une étude pertinente a été consacré à ce sujet par : S. Bargaoui ; débat identitaire et logique territoriales : l’administration de la justice malikite à Tunis à l’époque moderne.
5 - Abdessalem (A.) ; Les historiens tunisiens du XVII°, XVIII°, et XIX°s. Essai d’histoire culturelle,
6 -ibid.,  p. 160.
7 - Ibid, p. 158
8 - Ibid, p. 170
9 - ibid., p. 228
10 -ibid.,  p. 236.
11 - le rattachement de Tunis à l’empire ottoman eut lieu en 1574, lors de la compagne de Sinan Pasha.
12 - Al Mu’nis ; p. 19-20.
13 - Akin (S.) sous la direction de ; Noms et renoms, la dénomination des personnes des langues et des territoires, publication de l’université de Rouen, C.N.R.S, 1999.
14 - Al Afarika, p.
15 -Ibid ; p.22.
16 -ibid, p. 17.
17 - ce qui correspond a peu près à la régence de Tunis.
18 - ibid. p.21.
19 ibid. p.26
20- l’auteur s’arrête pour exprimer sa déception quant à l’usage qui est fait du nom de Ifriqiya à son époque celui-ci nous dit-il ne désigne plus qu’une petite portion d’espace située aux environs  de Béja.
21 -ibid. p. 45.
22 - il dit à propos des pyramides  ce qui suit «  si les égyptiens sont fiers de leurs pyramides les ifriqiyens doivent être fiers de leurs aqueduc » , ibid., p.
23 - Nora ( P.) ; « Entre mémoire et Histoire, la problématique des lieux » in Les lieux de mémoire, vol. IV, La République. Pp. 17-41.
24 - toutes deux amputée de l’ancien royaume Hafside dont le centre se situait à Tunis.
25-  D’après les archives du Muhime defteri publié par le professeur A. Temimi le pouvoir des pashas de tripoli s’étendait  au moment de la conquête de Tunis  en 1574 jusqu’à Kairouan et Sousse. «  la formation administrative et géopolitique des provinces ottomanes d’Alger de Tunis et de Tripoli (1557-1588), A H R O S ( Arab Historical Review  of Ottoman Studies), n°21, 2000.  
26 - Au  moment où Ibn Abi Dinar compose son livre, une guerre intestine opposait depuis cinq années les deux enfants de la famille muradite.  La Régence  est à nouveau menacée de division, d’invasion par la milice turque d’Alger, et  l’édifice construit par les prédécesseurs se trouve remis en cause.    
27 - Fondée par  Murat, renégat corse, en 1631, elle s’éteint en 1702.
28 - Al Wazir Assarraj (Al  Andalusi) ; , Al Hulal Assundusia Fil Akhbar Attunusyya,  edit par H. Hila, Dar Al Gharb Al Islami, Beyrout, 1984 , 3 tomes. Nous ferons référence à cet ouvrage par Al Hulal
29 - sur les sept chapitres et la conclusion six sont réservés à la Tunisie préottomane.
30 - Al Hulal, le chap. des limites s’étend de  la p. 274 à la p. 507.  
31 - Al Hulal, t. 1,  p. 529.
32 - le vocabulaire  utilisés sont revivifier, créer, etc.
33 - ibid, T. 3.
34 - Raffestin (C.) ; « Ecogenèse territoriale et territorialité », in Espace jeux et enjeux, ouvrage coordonné par Frank Auriac et Roger Brunet,   Fayard, 1986.
35 - Ibn Abi  Dhyaf Ahmed ; Ithaf Ahl Azzamen Bi Akhbar Muluk Tunis We ‘Ahd El Amen, Ad-Dar Al ‘Arabiyya lilKitab, 1984, 8 tomes. Nous désignerons cette source par Al Ithaf
36 - l’introduction de l’ithaf s’inspire de la muqaddima
37 - ou plutôt elle est intégré accidentellement au milieu de l’œuvre à l’occasion d’un événement relatif à l’époque de Ali Bey.   
38 -  S. Bin Youssef  constituera sa principale référence lorsqu’il fait l’histoire de  période de Ali Bacha premier.
39 - Al khulassa an-naqiyya fi akhbbar Ifriqiya  ‘le condensé pur sur l’.histoire de  Ifriqiya’ 
40 - celle qui en l’an 800 ap. J.C. met  fin à l’époque dite des gouverneurs arabes envoyés d’Orient
41 - Ithaf , t.2, p. 130 .
42-  t.III,  p. 218
43 -T. 1 p. 138
44-  ibid.
45 - le sens que lui donne les dictionnaires arabes
46 -ibid., t. 4, p. 178.

Pour citer cet article :

Ben Slimane, Fatma. " La Tunisie de l’époque ottomane : le territoire comme lieu porteur de mémoire.". Dakirat, 24 avril 2007 [En ligne]
http://lodel.imageson.org/dakirat/document219.html
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