Dakirat

Atelier Mémoire en Méditerranée

Isabelle Régen

L’inscription topographique de la mort en Égypte ancienne : à propos du rite de fondation de la tombe.

Episode critique dans le récit collectif, le décès d’un individu vient ébranler le groupe. Localiser la mort, l’inscrire dans la topographie est apparu de façon hautement lisible en Égypte ancienne comme l’une des réponses à cet événement majeur.

L’individu devenu asocial du fait de même de sa mort n’est pas laissé sans territoire mais réancré à sa terre. Il aura son lieu : la tombe, prolongement de son habitat, servira de cadre à diverses productions rituelles, textuelles et iconographiques. La mort ainsi circonscrite est alors génératrice de culture et de mémoire sociales. Le défunt et la part du récit collectif qu’il emporte avec lui seront localisés, circonscrits, délimités, cernés, en un mot « conservés ».

« Localiser », c’est situer en un point précis et défini de l’espace, mais c’est également renfermer dans des limites. En ce sens, une pratique de territorialisation particulière, le rituel de fondation de la tombe en Égypte ancienne, nous a paru entrer dans le thème de recherche défini pour ces Rencontres alexandrines. Dans le cadre restreint des communications, un bref survol du rite tentera tout d’abord de montrer par quel processus, depuis le choix du lieu jusqu’à la consécration finale, un monument funéraire peut acquérir son statut de lieu-mémoire puis de repérer les valeurs qui le caractérisent. Où et comment procéder à une fondation ? Quels sont les critères guidant le choix du lieu à fonder ? Comment délimiter, orienter, s’approprier et consacrer le territoire du futur sépulcre ? Quels effets induit la consécration du monument ? Depuis le choix d’un lieu vierge et pur de toute construction situé nécessairement dans la patrie sinon la ville de naissance (réelle ou politique), la légitimation de la fondation par des moyens variés au cœur desquels les ancêtres ou Pharaon jouent un rôle central, la cérémonie rituelle proprement dite inscrivant le monument dans un système référent, jusqu’à la consécration finale conférant au monument sa pleine efficience, se dessinera en filigrane le rôle de la fondation dans le sentiment d’autochtonie.

Pour citer cet article :

Régen, Isabelle. "L’inscription topographique de la mort en Égypte ancienne : à propos du rite de fondation de la tombe.". Dakirat, 30 janvier 2007 [En ligne]
http://lodel.imageson.org/dakirat/document202.html
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